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Église Saint Valery – Varengeville-sur-Mer

Perchée au bord d’une falaise qui arrache quelques tombes à son cimetière, l’église se dresse dangereusement à 80 m au dessus de la mer depuis que le missionnaire Valéry de Leuconay1 (565-622) aurait converti les habitants au VIIe siècle.
La légende raconte que pour marquer leur foi nouvelle, les villageois entreprirent de bâtir un oratoire au cœur du hameau. Le moine, ayant d’autres projets, aurait chaque nuit déplacé les constructions du jour sur le plateau de la falaise2.
L’église et le cimetière ont été classés au titre des monuments historiques le 6 mars 19243.

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Les premières traces attestées de Saint Valéry remontent en 1035, quand Roger de Tosny, duc de Normandie et fondateur de l’abbaye de Conches offre le sanctuaire de Saint Valéry aux moines, accompagné d’une dîme. Ils construisent ,en plus de l’église, un prieuré qu’ils abandonnent au XIIe siècle au profit des séculiers. En effet, le troisième concile de Latran (1179), qui prévoyait de rétablir la doctrine ecclésiastique, interdit aux clercs de se charger d’affaires temporelles, comme l’intendance des terres4. Ils conserveront la grange dîmière dont ils tireront un important revenu jusqu’à la Révolution.

L’église s’ouvre au sud par un porche du XVIe siècle (qui a vu de nombreuses reprises et adaptations du bâti). L’édifice se compose de deux nefs accolées et de trois chapelles à chevet plat.
La seconde nef a été dressée au cours de la Renaissance, comme en atteste la première des quatre fenêtres qui creusent le mur en grès (extrait non loin, au Cap d’Ailly), ainsi que la porte latérale, ornée d’une cordelière sculptée, furent édifiées en 1548, avec le soutien de l’armateur Jehan Ango6 comme en témoigne l’inscription gravée5.

L’observation du triple chevet plat rectangulaire révèle les différentes périodes de construction de l’église avec un contrefort roman et un autre du XVIe siècle entourant une fenêtre de style Renaissance ouverte au XXe siècle7 sur un mur de silex et de grès.
Quant à la sacristie, en brique orangée, ceinturée par deux bandes de silex, elle a été édifiée au XIXe siècle.

Le flanc nord présente des contreforts romans et trois meurtrières du XIIe siècle. Le mur de la nef septentrionale est soutenu par deux contreforts romans et percé de cinq fenêtres du XIIIe et d’une porte du XIIe siècle, aujourd’hui murée.

La tour, qui s’élève au dessus du transept, est bâtie de briques et de moellons chaînés de grès aux angles et surmontée d’une toiture d’ardoises en fer de hache, qui a subi trois fois les assauts de la foudre au cours des siècles pour s’effondrer le 3 décembre 1826 durant un office8.

Une fois entré dans l’église, trois colonnes de grès et deux demi-colonnes aux chapiteaux à petites languettes supportent de larges arcades séparant la nef latérale du vaisseau principal.
La seconde colonne, torse, est richement ornée de coquilles Saint-Jacques et de cordages9. La troisième colonne, polygonale, est ouvragée sur toutes ses faces de têtes coiffées à la mode Henry II ou de plumes, ainsi que de rosaces, de blasons (dont un dauphin couronné, également présent à la porte sud de l’église est l’un des symboles d’Ango), de soleils, de coquilles, de marins, de sirènes, mais également d’Aztèques. En effet, que ce soit dans la composition (hauts reliefs sculptés sur des surfaces carrées) et dans les thèmes (le soleil, mais surtout les têtes d’autochtones dont l’un tirant la langue, symbole de parole et d’autorité), on peut y voir une référence aux expéditions qui ont fait la fortune de Jehan Ango, mécène de l’agrandissement de cette église à qui cette colonne rend hommage.

 

Les corbeaux de la charpente en berceau brisé de la première nef (côté sud) sont sculptés de motifs quasi imperceptibles : une ancre, une vierge à l’enfant et probablement Saint Valéry (avec sa toque et sa crosse)10

Dans la nef principale, les fonds baptismaux de 1613 sont décorés de feuilles d’acanthe et d’angelots. Une pierre tombale est adossée au mur nord. Elle représente deux époux11 reposant les mains jointes en prière et la tête posée sur un coussin.

Le carré du transept tranche avec le reste de l’édifice. La voûte et ces arcs en tiers point du XIIIe siècle reposent sur de larges piles allégées en faisceaux de colonnettes. Une clef d’ogive pendant, refaite au XVIe siècle12, termine l’ouvrage.

Saint Valéry est également réputée pour ses vitraux contemporains. Le cœur présente un vitrail aux tons bleutés dessiné par Raoul Ubac de 1961 (ainsi que trois vitraux au niveau du transept sud et une série de quatre vitraux sur le mur nord de la nef principale). La chapelle sud dédiée à Marie est, quand à elle, illuminée par un arbre de Jessé portant les noms de «Jessé, Marie, Jésus » dessiné en 1954 par Georges Braque et posé en 196213. À noter le vitrail de Jean Renut, plus discret, composé de trois parties teintes dans la masse et posé dans la chapelle nord en 2001.

Les vitraux, tout comme le cimetière, témoignent de l’activité artistique et intellectuelle de Varengeville sur Mer où se réunissaient depuis le XIXe siècle peintres et artistes. Isabey, Monet, Pissarro, Renoir, Auburtin mais aussi Giacometti , Hantaï, Roussel et Porto-Riche (tous deux enterrés au cimetière).
Georges Braque, qui a séjourné 35 ans à Varengeville (ses vitraux sont également à voir à la chapelle Sainte Dominique, plus bas dans le village) est inhumé avec son épouse, non loin de la grande croix hosannière du XVIe siècle, dans une sépulture composée d’une grande dalle surmontée d’une mosaïque reprenant un motif de colombe, restaurée en septembre 2015.

Si l’emplacement apporte à la magnificence de l’ensemble, il représente également un danger pour l’édifice. En effet, le recul de la falaise est estimé à 28,7cm par an14. En janvier 2015, la chapelle nord a du être fermée en raison de fissures causées par l’effondrement de la falaise15. Des travaux de consolidation sont régulièrement menés pour préserver l’église et le cimetière marin.

« C’est en face de la mer que nous finirons nos existences et que nous irons dormir pour entendre encore au loin son éternel murmure »16.

WFTN

Rédaction et photographies : Clément Sayous

 

Notes de bas de page

1 Valéry de Leuconay, évangélise la Neustrie sous le règne de Clotaire II. Il lui confie Leucone (actuellement Saint-Valéry-sur-Somme) et y fonde un monastère avec l’autorisation de l’évêque d’Amiens.
Sa renommée vient de son action évangélisatrice, mais également d’une prophétie faite en songe à Hugues Capet lui assurant que ses successeurs régneront durant sept générations sur le royaume des francs.

2 Géographie du département de la Seine Intérieur, les arrondissements de Dieppe, Abbés J. Bunel et A. Tougard, Imprimerie Cagniard, Rouen, 1877, p. 272.

3 Notice n. PA00101077.

4 12e canon du troisième concile de Latran.

5 «L’AN MIL VCC XLVIII»

6 Jehan Ango (1480 – 1551) est un célèbre armateur dieppois. Il doit une partie de sa fortune aux guerres entre François 1er et Charles Quint à qui l’un de ces capitaines, Jehan Fleury, déroba un trésor volé par Cortes à Guatimozin, dernier empereur Aztèque, ainsi que les cartes des pilotes espagnols qui lui permirent d’entreprendre de grandes expéditions commerciales, notamment dans la mer des Antilles.

Il sera nommé gouverneur de Dieppe par Francois 1er.  Il fera construire entre 1530 et 1544 un manoir italien sur son domaine de Varengeville sur mer qui lui vaudra le surnom de Médicis Normand.

7 Les églises de Varengeville sur Mer et de Sainte Marguerite sur Mer, J.Daoust, 2001.

8 Les églises de Varengeville sur Mer et de Sainte Margerite sur Mer, J.Daoust, 2001.

9 Les armoiries de Conches, une bande azur chargée de trois coquilles.

10 Un quatrième motif (le second en entrant dans l’église) est trop dégradé pour être interprété.

11 Jean Hébert et Michelle Chiroie, laboureurs. On peut en déduire leur statut social au regard de l’ouvrage et de l’épitaphe en alexandrins inscrit au bas de la pierre.

12 Les églises de Varengeville sur Mer et de Sainte Margerite sur Mer, J.Daoust, 2001.

13 Initialement refusé puis accepté suite à l’intervention d’André Malraux, ministre de la culture. Source : Varengeville-sur-Mer, l’église St Valéry, le cimetière marin, la chapelle St Dominique. Édité et écrit par les amis de l’église.

14 Source : DICRIM de Varengeville sur mer, réalisé en Mars 2009.

15 Source : Paris-normandie.fr.

16 Épitaphe d’Albert Roussel (1869 – 1937) inscrite sur son grand mausolée de bronze.

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