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In Dog We Trust – Hardcore Cares France

Cofondé en 2013 par Eric Vocke et Bill Bellottie comme un partenariat entre le Detroit Bully Corps et le Baltimore Bully Crew, deux associations caritatives dédiées à l’assistance, l’education et la réhabilitation de chiens abandonnés et maltraités, Hardcore Cares entend réunir « deux choses qui comptent autant que l’air [qu’on] respire, “le Hardcore et secourir des chiens” »1.

WFTN

Soutenu par la famille dans un esprit très NYHC (Madball, Agnostic Front, Skarehead…) Hardcore Cares entend lever des fonds pour mener à bien leurs missions contre les combats de chiens et la maltraitance animale, et, particulièrement celle que subissent les American Pit Bull, que ce soit en faisant lumière sur ces atrocités, mais aussi par un travail de terrain en vue de libérer les communautés socialement et culturellement asservies à ce type de pratique.

En accord avec et dans le même esprit que l’association américaine, Hardcore Cares France voit le jour en 2013 avec pour objectif – grâce à la scène locale Hardcore – de récolter des fonds et soutenir des associations de protection animale œuvrant pour le sauvetage et la réhabilitation d’animaux de compagnie maltraités et abandonnés2.

À l’occasion de leur venue à la seconde édition de Nothing To Prove, nous leur avons demandé de nous présenter leur action après un an et demi d’existence.

WFTN – Alors, tout d’abord, pourriez-vous vous présenter ?

Manu – Alors moi c’est Manu, pas besoin de dire mon nom de famille, c’est pas utile, Co-fondatrice de l’association Hardcore Cares France, la branche française d’Hardcore Cares, basée à Detroit aux États-Unis et à l’origine de la création de l’association au mois d’avril 2014. Ça c’est pour ma part personnelle.

Estelle – Moi je m’appelle Estelle, j’aide aux niveaux des stands, de la publication, du Facebook et partage.

Manu – Et membre active .

Estelle – Je soutiens à fond la cause animale de mon coté aussi.

Manu – Avant l’asso, à titre personnel, on est toutes les deux impliquées dans la protection animale depuis quelques années en tant que famille d’accueil et dans d’autres associations avant d’avoir créé celle-là.

Manu – L’asso Hardcore Cares France, branche française d’Hardcore Cares à Detroit, pour présenter l’asso, faut peut être que je commence par le début, l’asso qui a été créée à Detroit : Hardcore Cares.

C’est Detroit Bodycorpse et Baltimore Bodycorpse, deux amis fan de Hardcore et musiciens qui sauvent des animaux, notamment des chiens, à savoir plutôt des Pitbull vu que c’est une race assez répandue dans ce coin-là. Ils récupèrent donc ces chiens qui servent souvent pour des combats et qui sont abandonnés après dans les rues et les maisons inhabitées. Ils récupèrent ces chiens, les réhabilitent, les soignent et les font adopter par la suite.

Donc nous, on a voulu reporter ce concept-là, associé à une passion, à savoir le Hardcore et les animaux pour pouvoir aider la cause animale. On a pas mal discuter de nos exploits en France, donc on a créé cette branche française.

Si je peux commencer par le début, l’objectif est surtout de servir la cause animale. On a prit parti de ne pas prendre nous directement, comme font pas mal d’asso en France, parce que c’est tout un système, c’est quelque chose que l’on va sûrement faire à long terme. On voulait surtout aider les assos déjà existantes qui ont besoin de fonds, qui ont besoin d’aides, qui n’ont pas forcément le temps de récolter des fonds, de récolter des croquettes, de récolter des couvertures. Tout ce dont ils ont besoin. Donc nous, on se sert du milieu Hardcore, Hardcore Métal, du milieu tatouage aussi… pas mal de conventions de tatouage et de concerts Hardcore, en région parisienne principalement parce que c’est là où on est basé, mais aussi dans le reste de la France, et on se sert de ce milieu-là pour vendre des tee-shirts, des petits objets. Et tous les fonds qu’on récolte nous servent à aider ces petites assos ; on leur achète des croquettes, des couvertures, des laisses.

Ils ont des gros besoins au niveau matériel, et nous réglons leurs factures véto, parce que ça coûte cher. Il faut savoir que l’on ne verse pas d’argent, on contacte les vétérinaires qui ont émis leurs factures et on les paye directement, ou on envoie des croquettes. On fait vraiment en sorte de savoir où va l’argent que l’on a récolté pour être vraiment sûrs que ça va aux animaux. Donc, ça ce sont les objectifs. Les actions c’est, comme j’ai dit, poser des stands, vendre des tee-shirts, des décapsuleurs, des petits badges, des stickers, tout ce qui peut intéresser les gens pour récolter de l’argent. On a aussi des partenariats avec des groupes de Hardcore qui nous soutiennent, qui soutiennent la cause, faire parler de nous et récolter plus d’argent pour les animaux. On a un accord de gré à gré avec ces artistes qui soutiennent cette cause, qui ne savent pas comment le faire, et qui au final, ne serait-ce que par leur image, le font indirectement.

14199187_1792380594364750_8824926241387713944_n© DR. All Is Dust (Deathcore – Rouen).

WFTN – Ça peut sembler étonnant, vu de l’extérieur, d’allier le Hardcore et la cause animale. Pourtant c’est quelque chose qui est un peu inhérent au mouvement.

Manu – Je dis protection animale, mais c’est tellement large, je vais plutôt dire animaux de compagnie. On s’est fixé les animaux de compagnie, parce qu’il y a déjà beaucoup d’assos qui s’occupent d’animaux sauvages. C’est un autre combat un peu plus compliqué. Les animaux de compagnie sont des membres de notre famille. Dans le Hardcore, on est très famille. Et les animaux font partie de la famille. Au final, ce n’est pas étonnant que la cause animale soit lié au Hardcore et qu’il y ait pas mal de groupes qui soient touchés par ça. Parce que je pense qu’on a de vraies valeurs. Et le fait de respecter les animaux qui font partie de notre famille, ça fait partie de ces valeurs. Ce n’est pas étonnant qu’il y ait pas mal de gens qui aiment le Hardcore qui se disent « j’ai enfin l’occasion d’allier mes deux passions et d’aider aussi, en récupérant un tee-shirt que j’aime bien ». Ça se passe tout seul et ça marche bien .

WFTN – Pouvez vous me citer quelques noms de groupes qui soutiennent la cause et Hardcore Cares?

Manu – Le président de l’association fait parti de Reverse The Rules, groupe de la scène parisienne, groupe un peu mécène forcément puisque directement impliqué. 91 All Stars aussi, Matt qui est musicien du groupe et aussi un ami, adore aussi les animaux et a dirigé le groupe vers nous. Primal Age qui nous a contacté, ce sont des anciens de la scène, et aussi du Straight Edge et donc impliqués dans ce genre de choses. Providence aussi, qui est venu nous soutenir. Récemment, on a The Arrs, très impliqué aussi dans ce genre de choses. When Reasons Colapse, qui n’est pas du Hardcore mais du Deathcore, et qui sont très impliqués et nous aident beaucoup. Le groupe In Dust, vieux groupe Hardcore toulonnais, que je connais depuis que j’ai 15 ans, étant toulonnaise, qui ont voulu nous rejoindre aussi. Il y a Breed Machine, qui ne sont pas du Hardcore non plus, mais qui sont très impliqués, portent tout le temps nos tee-shirt sur scène, donc ça marche bien. Brotherhood, qui est assez connu. Life First, groupe Hardcore belge de Liège .

Agnostic Front que l’on a rencontré lors de leur venue en France, et qui porte nos couleurs sur leurs flyers présentant leur nouvel album aux États Unis. Ça c’est génial. On commence à avoir beaucoup de groupes qui nous soutiennent.

Même si c’est pas du Hardcore, même ne serait-ce que du Death, des fois du Grind ou des groupes improbables où on se dit qu’ils vont égorger des poulets et boire leur sang [Rire] ; au final pas du tout, ils sont super branchés cause animale. On n’est pas fermés qu’au Hardcore, parce que le Hardcore c’est un état d’esprit. On peut ne pas faire du Hardcore mais avoir l’état d’esprit Hardcore derrière.

Pour moi, le Hardcore c’est une grande famille. Quand tu fais partie du milieu Hardcore, tu connais un peu tout le monde dans ta région. C’est toujours les même personnes que tu revois, même quand tu te déplaces en France. Dans un concert tu croises toujours des gens que tu connais. Tu suis les nouveautés, les nouveaux groupes qui sortent. En général, il y a beaucoup de soutien entre les groupes, il y a beaucoup de soutien entre les assos qui tournent autour du Hardcore. Pour moi, c’est vraiment une grande famille et t’as des valeurs communes, qui sont en général le respect d’autrui, le respect de la musique, le respect du travail des zicos derrière, le respect des gens qui tournent autour de la scène. J’ai rarement vu de mauvaises ambiances en concert de Hardcore. Même si ça envoie des poings, ça envoie des pieds. C’est dans la bonne ambiance. Si tu te prends un coup de pied, la personne va venir te voir et te demander si ça va. C’est un milieu où tu te sens en sécurité, où tu te sens dans une grande famille, où t’as l’impression que tout est possible parce que t’as une unité derrière toi, tu as toute une communauté en fait.

WFTN – Tu parles beaucoup des concerts, où vous êtes également très présents.

Manu – J’avoue, c’est un bonheur aussi de venir tenir des stands. Même si c’est de l’implication, même si c’est sur mon temps libre, même si je me déplace… c’est beaucoup d’implication personnelle, c’est un plaisir parce qu’au final on rencontre des gens géniaux, on rencontre des groupes qui sont supers. On peut profiter de la musique aussi, enfin le fait d’être en concert, ça porte toutes ces valeurs-là que l’on aime, la fraternité dans la communauté Hardcore.

Si il n’y avait pas de concert, pas de live, la communauté n’existerait pas. C’est en concert que ça se passe. Après il y a des choses qui se passent en dehors, les potes, enfin tout ce que l’on peut faire à coté, mais on se retrouve en concert, devant un groupe qui va porter cet état d’esprit là. Qui va te faire ressentir des émotions par le biais de sa musique, par ses paroles. Pour moi, une vie sans concert ne serait pas envisageable [Rire].

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WFTN – Vous travailler beaucoup en réseau avec d’autres associations. Est ce que tu pourrais dire quelques mots là-dessus ?

Manu – Bien sûr. Les assos qu’on aide, avec lesquelles on travaille sont des assos que l’on a sélectionnées, parce qu’on a pas envie de partir dans des extrêmes comme il en existe dans tout milieu. Les assos que l’on aide ne sont pas du tout du milieu Hardcore. Ce sont des personnes qui nous contactent. Le but étant seulement qu’elles prennent soin des animaux et qu’elles le fassent bien, que l’on sache à quoi sert notre combat. Concrètement, pour les animaux. Parce que c’est bien beau d’aller en concert et de récolter de l’argent, si derrière on en fait pas ce qu’il faut, ça sert à rien.

Ce ne sont pas des grosses assos, ce sont de petites assos qui ont vraiment des nécessités. Il y a plusieurs sorte d’asso, comme des refuges. Il n’y en a pas beaucoup, mais il y en a. C’est la bête noire de la protection animale. Ils ont énormément de besoins et très peu de retour en terme d’argent. Donc très peu de refuges : Respectons, dans le 91, et S.O.S animaux78 au Chesnay. Après, on a des assos comme Resto Animaux qui fait parti d’un gros groupe qui s’appelle Crocs Blancs. Resto Animaux, c’est une banque alimentaire pour les personnes à très faible revenu, qui distribue de la nourriture, font faire des vaccins, des stérilisations pour des personnes qui n’ont pas les moyens de le faire et qui veulent quand même prendre soin de leurs animaux, sur présentation de leur fiche de paye. Ou alors, quand se sont des SDF, ces assos font en sorte que ces personnes puissent garder leurs animaux près d’eux et les nourrir correctement. Eux, on les aident pas mal aussi, ils sont sur Lyon ; Il y a aussi, et ça marche beaucoup en France, les familles d’accueil.

Ces familles accueillent chacune leur tour des chiens avant de trouver une famille d’adoption. C’est un énorme boulot, de prendre les chiens, de les récupérer, de les passer au nom de l’asso, de les soigner, de leur trouver une famille d’accueil. Ensuite, trouver des adoptants, vérifier qu’ils soient fiables. Ce sont pas mal d’assos comme ça. Maintenant, il y en a une bonne liste. J’aurais du mal à toutes les citer.

Tout est trouvable sur notre Facebook ou sur notre site. Il y a moyen d’avoir les infos, ça serait trop long de citer tout le monde [Rire].

WFTN – Vous avez vrai un retour sur vos actions ? Vous sentez vraiment que vous avez une véritable utilité ?

Manu – Oui, en fait, nos actions sont ponctuelles parce que l’on est une petite asso qui n’a qu’un an et demi d’existence. L’aide que l’on apporte par rapport aux frais que l’on a est moindre. Ça va grossir forcément. Ce que l’on a investit dans les tee-shirts par exemple. On commence à peine à avoir ce qu’il faut pour aider les assos. Alors, on s’en sert pour faire des actions ciblées. Par exemple, je vais faire un règlement pour une facture vétérinaire d’un chien : je connais l’histoire du chien, je sais de quel chien il s’agit, je sais ce qu’il devient après. Forcement, on a envie de savoir ce qu’il est devenu, ce chien-là. J’ai récupéré un chien devant le concert de Madball à Paris que j’ai fait placer par la suite, par le biais de la SPA. J’ai une amie qui bosse à la SPA et auprès de qui je prend des nouvelles de l’animal. Vu qu’on en n’est pas encore à verser des milliers d’euros, on peut savoir où ça va, pour qui ça va, pour quel chien et du coup ce qu’il devient. On est en discussion avec une association pour les aider à payer le chenil pour ce chien, parce qu’ils n’ont pas de famille d’accueil. Ils ne trouvent pas d’endroit où le placer car c’est un molosse.

En France les molosses sont très mal traités. On les aident à placer ces deux chiens, à leur payer au moins un mois de refuge .

Donc on sait pour quel chien on fait ça, dans quelles conditions ils sont et on a des nouvelles. C’est un peu la récompense qu’on en tire et que ça sert à quelque chose concrètement.

WFTN – Il y a dans votre entourage des tatoueurs, des artistes…

Manu – Oui, c’est un point que j’avais pas encore abordé. On a le milieu du Hardcore, on a aussi le milieu du tatouage qui est sacrément lié au milieu du Hardcore. On a Fab de Versailles de Tattoo et Cie qui nous a fait le logo que tu peux voir sur les flyers et qui va sortir aussi en mode logo Tee-shirt. On a Maud de Creepy Doll Tattoo. C’est une tatoueuse qui est super talentueuse, en mode Old School, qui adore les animaux et qui a elle-même deux chiens à la maison. Elle est très impliquée. Elle nous a fait des logos pour nos tee-shirts absolument géniaux. Pas mal de tatoueurs que je rencontre sur des conventions de tatouages viennent me voir en me demandant si je n ai pas des flyers pour parler de nous, quelque chose que je puisse mettre dans leur boutiques et me disent souvent « c’est génial ce que vous faites ». On commence à avoir des invitations sur des conventions de Tattoo. Ça c’est chouette. On a un pied dans ce milieu parce que c’est aussi lié un peu à l’état d’esprit du Hardcore. Le tatouage fait complètement parti de la culture underground. Limite on récolte plus dans des conventions de tatouage que sur des concerts de Hardcore. Les gens viennent en famille et les enfants adorent les animaux. Ça attire du monde qui n’écoute pas forcément du Hardcore mais qui, touché par la cause, prend des tee-shirts. Donc c’est bien aussi de ce faire connaître par ce biais-là. Et faire connaître aussi le Hardcore. Un daron avec sa femme qui aime bien le Hard-rock, j’en ai des cas comme ça, « mais c’est quoi le Hardcore ? ». Je lui dit d’écouter tel ou tel groupe, je lui donne deux, trois indications. Je vais peut être déclencher une nouvelle vocation. On partage protection animale et Hardcore avec des gens qui ne sont pas forcément du milieu grâce aux salons de tatouage .

À long terme, on aimerait beaucoup ouvrir un refuge, sachant qu’en France c’est très compliqué. Il y a énormément de normes à respecter. Ça prend du temps, c’est un objectif à long terme, qui est du coup un peu lointain mais on espère l’atteindre. J’aimerais passer un message à tous les groupes de Hardcore, qu’il soient petits, gros ou moyens : on est là, on est ouverts et prêts au partenariat. Il n ’y a rien de juridique, c’est un contrat moral que l’on passe. Il n’y a rien de faux. On n’hésite pas à citer les groupes qui nous soutiennent, on n’hésite pas à leur faire de la pub sur notre page. C’est du donnant-donnant. Ça fait du bien au milieu du Hardcore et à la protection animale, ça attire du monde, les gens voient des annonces de chien à adopter et, des fois, il suffit d’un coup d’œil pour tomber amoureux d’un chien. Ça aide vachement nos petites assos partenaires pour l’adoption. Faut pas hésiter à venir nous voir. On est une petite asso, on est ouvert. On accueille à bras ouverts quiconque serait prêt à nous aider et à soutenir cette cause.

WFTN

Interview : Clément Sayous et Maëva Chaput
Transcription : Xavier Bel

 

Notes de bas de page

1Blending 2 things that mean as much as the air they breath ‘Hardcore & rescued canines’”. Source : Hardcore Cares.

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